Title: Le Chat Author: Emily Bronte Release Date: March, 2006 [This file was first posted on March 13th, 2006] [Most recently updated: March 13th, 2006] Language: French Transcribed from The Belgian Essays ed. by Sue Lonoff (New Haven and London: Yale University Press, 1996), pp.57-59.Transcribed by Sonia Sulaiman, email bronteana.blog@gmail.com ************************** Le Chat Je puis dire avec sincérité, que j'aime les chats; aussi je sais rendre des très bonnes raisons, pourquoi ceux qui les haïssent, ont tort. Un chat est un animal qui a plus des sentiments humains que presque tout autre être. Nous ne pouvons soutenir une comparaison avec le chien, il est infiniment trop bon: mais le chat, encore qu'il diffère en quelques points physiques, est extrêmement semblable à nous en disposition. Il peut être des gens, en vérité, qui diraient que cette ressemblance ne lui approche qu'aux hommes les plus méchants; qu'elle est bornée à son excès d'hypocrisie, de cruauté, et d'ingratitude; vices détestables dans notre race et également odieux en celle des chats. Sans disputer les limites que ces individus mettent à notre affinité, je reponds, qui si l'hypocrisie, de cruauté, et l'ingratitude sont exclusivement le propriété des méchants, cette classe renferme tout le monde; notre éducation développe une de ces qualités en grande perfection, les autres fleurissent sans soins, et loin de les condamner, nous regardons tous les trois, avec beaucoup de complaisance. Un chat, pour son intérêt propre cache quelquefois sa misanthropie sous une apparence de douceur très aimable; au lieu d'arracher ce qu'il désire de la main de son maitre il s'approche d'un air caressant, frotte sa jolie petite tête contre lui, et avance une patte dont la touche est douce comme le duvet. Lorsqu'il est venu à bout, il reprend son caractère de Timon, et cette finesse est nommée l'hypocrisie en lui, en nous mêmes, nous lui donnons un autre nom, c'est la politesse et celui qui ne l'employait pas pour déguiser ses vrais sentiments serait bientôt chassé de société. "Mais," dit quelque dame délicate, qui a meurtri une demi-douzaine de bichons par pure affection, "le chat est une bête si cruelle, il ne se contente pas de tuer sa proie, il la tourmente avant sa mort; vous ne pouvez faire cette accusation contre nous." A peu près Madame -- monsieur votre mari, par example, aime beaucoup la chasse; mais les renards étant rares dans sa terre, il n'aurait pas le moyen de prendre cette amusement souvent, s'il ne manageait point ses materiaux ainsi, lorsqu'il a couru un animal à son dernier soupir, il le tire des gueules des chiens, et le reserve pour souffrir encore deux ou trois fois la même infliction, terminant finalement en la mort. Vous évitez vous-même un spectacle sanglant, parce qu'il blesse vos faibles nerfs; mais j'ai vous vue embrasser avec transport votre enfant, quand il venait vous montrer un beau papillon écrasé entre ses cruels petits doigts; et, à ce moment, j'ai voulu bien avoir un chat, avec la queue d'un rat demi-englouti, pendant de sa bouche, à présentercomme l'image, la vraie copie, de votre ange; vous ne purriez refuser de le baiser, et s'il nous égratignait tous deux en revanche, tant mieux, les petits garcons sont assez liables à reconnaître ainsi, les caresses de leurs amis, et la ressemblance serait plus parfaite. L'ingratitude des chats est un autre nom pour la pénétration. Ils savent estimer nos faveurs à leur juste prix, parce qu'ils dévinent les motifs qui nous poussent de leur donner, et si ces motifs puissent quelquefois être bons, sans doute ils se souviennent toujours, qu'ils doivent toutes leurs misères et toutes leurs mauvaises qualités au grand aïeul de genre humain. Car, assurément, le chat n'était pas méchant en Paradis. May 15th, 1842